Porté à connaissance sur le projet réglementaire concernant le silure glane
Préambule
Le silure (silurus glanis) est un sujet clivant même au sein de la communauté de la pêche de loisir. Il est synonyme de fantasmes et d’idées reçues alimentés par une connaissance confuse de la réglementation et des réels impacts de l’espèce sur les écosystèmes aquatiques. Vous trouverez, ci-dessous, des éléments basés sur des données objectivées et validées qui vous permettrons d’alimenter votre réflexion et éventuellement de vous positionner vis-à-vis du projet de modification du statut réglementaire du silure.
1. Contexte
Dans le cadre du plan national en faveur des migrateurs, un projet de texte porté par le ministère (MTEATTVL) vise à inscrire le silure dans la liste des Espèces Susceptibles de Provoquer des Déséquilibres Biologiques (ESPD) sur deux bassins : Adour Garonne et Loire Bretagne « dans un premier temps ». (Consultation 14 février au 16 mars : Projet de décret inscrivant le silure sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques | Consultations publiques).
2. Objectifs affichés
-Faciliter la gestion du silure sur des cours d’eau accueillant des poissons migrateurs et notamment au pieds des ouvrages où ils stabulent lors des migrations.
-Interdire l’introduction du silure dans les milieux où il n’est pas encore présent sur les bassins versants concernés.
3. Risques liés à une évolution du statut réglementaire du silure
-Créer un précédent qui permettrait une évolution du classement vers « Espèce Exotique Envahissante (EEE) qui aurait un fort impact sur la pratique de la pêche de loisir en obligeant notamment les pêcheurs à détruire chaque silure capturé.
-Détourner l’attention du grand public des problématiques centrales et complexes de la conservation des poissons migrateurs (surpêche maritime, continuité écologique, changement climatique…) en ciblant une problématique secondaire.
-Si la prédation du silure sur certaines espèces migratrices est avérée localement, l’impact de cette prédation sur les populations de proies est mal connu. Classer le silure parce qu’il est un prédateur n’a donc pas de sens et s’apparente alors à une simple mesure de communication.
-Dégrader le statut réglementaire du silure permettrait de justifier et faciliter des mesures de régulation locales puis à grande échelle qui représentent une porte d’accès dérogatoire aux stocks pour la pêche professionnelle et vers une rentabilisation des opérations.
4. Cohérence et efficacité d’une mesure de classement du silure en ESPD
Le seul avantage pratique d’une telle évolution réglementaire serait la pénalisation de l’introduction du silure dans les milieux où il n’est pas encore présent.
La régulation de l’espèce est déjà possible, soit de manière naturelle soit par des arrêtés départementaux (pêches scientifiques) mais sans possibilité de commercialiser le poisson.
Le classement du silure en ESPD n’aurait pas d’impact direct sur la pratique de la pêche de loisir ni sur sa capacité à réguler le silure puisqu’il permet la remise à l’eau immédiate dans le milieu d’où elle provient.
A ce titre, le projet de classement interroge puisqu’il n’apporte aucune possibilité réglementaire ni de moyen de gestion supplémentaires. Pour approfondir sur le sujet du silure et de ses impacts : https://ofb.hal.science/hal-05469256v1/document